Éditorial N° 54

KAD PE SUJIDIGEZH ?

"combat ou asservissement"

Cadurcos Genimalacta 3892
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Dans l’éditorial du numéro 8 de Ialon daté de Samonios 3 866 (novembre 1 995), notre Uerdruuis Gobannogenos nous entretenait sur la nécessité absolue de nous positionner, en tant que druidisants, dans une forme de lutte totale contre les manifestations de l’asservissement culturel de notre peuple. S’il constatait que ses compatriotes bretons étaient toujours prêts à verser leur sang dans une éventuelle nouvelle guerre, comme d’ailleurs ils l’ont toujours fait, souvent pour leur malheur ; il leur prodiguait ses recommandations afin qu’ils ne s’égarent pas dans de faux ou stériles combats pour préserver leur culture : pour nous, druidisants, qui ne sommes par définition, ni des politiques, ni des militants, ni des guerriers, notre lutte est spirituelle et culturelle ; et parce que les combats physiques et politiques ne sont peut-être déjà plus possibles, parce que notre forme de lutte représente ainsi la dernière chance, elle doit être totale, menée avec toutes les disponibilités et l'abnégation dont nous disposons au détriment même de nos intérêts personnels du moment.

Initialement, son éditorial devait porter le titre "Collabos et irréductibles francs-tireurs", car ces deux catégories d’individus (ou de comportements) étaient décrites dans son texte. Par francs-tireurs il désignait ceux qui étaient encore en mesure de réaliser quelque action pour leur culture, tandis que l’immense majorité, individualiste, se compromettait avec les nouvelles idées venues de l’étranger. Mais finalement l’éditorial fût publié sans titre, peut-être pour ne pas donner à cette leçon une connotation trop agressive du fait de la signification devenue péjorative du terme "collabos".

Les propos de notre Uerdruuis étaient alors emprunts de la sagesse occidentale, et particulièrement en phase avec les idées exprimées par l’humaniste bordelais Etienne de La Boétie (1 530-1 563), ami de Montaigne, dans son célèbre essai Discours de la servitude volontaire, publié post-mortem, en 1.576. Il écrivit ce texte à l’âge de 18 ans, ce qui indique une exceptionnelle précocité intellectuelle, mais également une solide culture alimentée par les auteurs de l’Antiquité, en particulier dans le cas présent, par la pensée stoïcienne. Le premier des préceptes des stoïciens n’était-il pas de se préoccuper uniquement de ce qui nous concerne personnellement en rejettant de nos pensées ce sur quoi on ne peut avoir une emprise réelle. Cependant, le Discours de La Boétie était strictement d’ordre politique. Il analysait la difficulté des relations entre un dirigeant (le monarque à son époque) et le peuple. Cet auteur faisait bien la distinction entre la dictature d’un envahisseur étranger qui nécessite une réaction de type guerrière et la servitude imposée par un souverain local autoritaire qui, selon lui, peut être résolue, au contraire, par un total détachement : Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres.

Ce conflit entre un dirigeant autoritaire et une population, même si nous ne sommes plus dans un régime monarchique, semble, pour certains, être redevenue d’actualité. A titre d’illustration, lors de l’émergence de la crise sanitaire de la covid-19 des mesures contraignantes ayant été prises, en particulier, pour inciter les Français à se faire vacciner, on a pu constater que le seuil de vaccination a atteint son asymptote à la valeur de 80% de la population, ce qui est en fait une loi universelle autant dans la Nature, qu’en sociologie. Hormis ceux qui consentaient à se faire vacciner (personnes âgées, comorbidités, raisons professionnelles, sens de civisme), une grande partie n’y souscrivait pas avec enthousiasme et il a fallu que le gouvernement opte pour des mesures contraignantes, dont le "passe sanitaire". Celui-ci permet en effet à ses détenteurs de continuer "à vivre normalement" en société, mais surtout de s’adonner aux loisirs et de partir en vacances, ce qui convient parfaitement à leurs préoccupations du moment. Cependant, reste encore les 20% d’irréductibles, les "francs-tireurs" qui n’entendent pas prendre de risques pour leur santé, mais surtout renoncer au peu de libertés qu’il leur reste, et adhérer à une société collectiviste, de type chinoise, avec surveillance permanente des faits et gestes, grâce au tout numérique : reconnaissance faciale, installation de caméras dans tous les lieux publics (comme sur la minuscule plage de Bertheaume à Plougonvelin, en Finis Terrae, peut-être pour surveiller le départ des âmes vers Tír na nÓg !), monnaie dématérialisée, pass vaccinal, qr-code, etc ...

Pour le "druidisant", les conseils de La Boétie sont audibles et peuvent être appliqués. Il doit délaisser le niveau politique, qui subsistera juste dans sa sphère de vie privée, mais ne ne pas avoir peur de se consacrer intégralement à la spiritualité, son vrai domaine de compétence, en refusant toute compromission avec les discours des religions prosélytes dans lesquels il retrouverait le conflit d’un Dieu Unique dominant face à de tristes pratiquants renonçant à leur liberté de développement personnel.

Sommes-nous encore, dans un dualisme "combat ou asservissement" (Kad pe Sujidigehz) ? Oui, tout à fait. Tout d’abord, gardons toujours à l’esprit le titre Kad retenu en 1 936 par nos premiers archégètes, pour illustrer leur combat druidique. Dès le premier numéro de cette revue, le ton était donné, qui rappelait le danger pour nôtre âme d’adhérer à une spiritualité étrangère : Nos compatriotes en sont arrivés – à cause de cet asservissement à l’Eglise chrétienne – à ignorer leur patrimoine spirituel, à rester indifférents devant l’extinction de l’une des plus vieilles races d’Europe, pour se diviser sur des questions sociales ou politiques.

Mais qu’en est-il de l’actualité des propos de Gobannogenos, un quart de siècle plus tard ? Dans son éditorial notre Uerdruuis dénonçait lui aussi deux mille ans d’asservissement spirituel par le christianisme, qui se poursuivirent par des doctrines laïques : communisme, capitalisme et confusionnisme oriental. On pourrait bien sûr y rajouter aujourd’hui les récentes importations de doctrines religieuses telles que les nouvelles formes de protestantisme et l’islamisme. En effet, il faut rappeler que la traduction du mot islam en français est "soumission", ce dont on ne peut douter lorsque l’on voit un nouveau régime islamique s’établir dans un pays. Cette soumission, un pouvoir politique autoritaire cherche toujours à la favoriser. A la suite, Gobannogenos déclinait un inventaire à la Prévert des nouveaux concepts importés essentiellement de certains états occidentaux héritiers d’une culture puritaniste qui inondaient le champ de la vie des années 90 : Individualisme, hédonisme, américanisme, mondialisme, illuminismes et crétinismes multiples s'abattent sur nous tels les fusées de batteries de katiouchka. Nous pourrions maintenant y rajouter les nouvelles doctrines apparues depuis peu, soutenues par le politique : wokisme, cancel culture, LGBT-isme, Black Live Matters, complotisme, racisme anti-blancs, décolonialisme, etc … et citer celles qui ont été détournées de leur action première, telles que l’écologie, qui ascène des discours dictatoriaux ou le féminisme qui prônait à la fin du XIXe siècle des droits pour les femmes mais qui revendique désormais "Le" Pouvoir pour (certaines d’entre-) elles.

Face à ces nouveaux défis dans notre vie quotidienne, et à ceux à venir, qu’elle doit être la position et l’action du druide moderne ? Réponse : pratiquer nos rituels de manière traditionnelle, c’est-à-dire sans fantaisies innovatrices, pour favoriser le Dedma, le Bon Ordre de l’Univers, n’en déplaise à ceux qui n’y voient que de la supersition, et répandre la culture celtique, n’en déplaise aux universitaires patentés. Ainsi se résumait le but du combat de nos archégètes : A l’heure actuelle c’est toute une synthèse d’un Mysticisme… indispensable aux grandes tâches – et d’un civisme breton que nous devons élaborer... (Kad n° 1).

Ce combat doit être "subtil" au niveau social, car il n’est pas question de mener une guerre civile, mais plutôt d’éduquer les Celtes (notre vrai civisme) ; et également au niveau spirituel (le mysticisme), en harmonisant les forces de la Nature qui nous entourent et celles cosmiques qui nous soutiennent dans notre travail. C’est pourquoi la journée d’un druide se compose de deux périodes : une intellectuelle et une autre rituelle, afin de concilier la philosophie et la religion comme aux temps anciens.

Qu’est-ce qui soutient notre Ialon ? Trois grands arbres qu’on nomme Uocomarcos, Uissus et Sulaxus (Recherche, Savoir et Sagesse).

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