Image

CONFINEMENT ET RÉALISATION

Les périodes successives et inédites de confinement qui se sont invitées dans nos vies depuis Satios 3 890, et pourraient se reproduire, peuvent être vécues par certains comme une source d’innombrables problèmes : dépressions, perte d’emploi et de revenus, divorces, activité physique réduite, sédentarité excessive, excès alimentaires, santé non contrôlée, ruine matérielle, suicides, … Beaucoup de personnes en souffrent... Ces effets néfastes ne sont d’ailleurs parfois que le résultat de choix, peut-être inconsidérés, que nous avons fait dans le passé et qui nous ont conditionné dans un formalisme dont nous ne pouvons plus nous extirper. Mais bien heureusement cette situation d’exception peut aussi générer quelques bienfaits, certes moins nombreux. Nous n’en traiterons qu’un seul qui nous paraît fondamental, c’est la possibilité de réalisation.

Le principal sentiment engendré est celui d’isolement, de vide lié à la peur de ne plus revenir au monde confortable d’avant. Cette solitude qui chez certains préexistait déjà, peut alors devenir insupportable. En effet n’ayant plus d’activité professionnelle, sentimentale, sociale, de loisirs, l’individu est condamné à la perte de ses libertés, dont celles de mouvement et de réunion, étant obligé de s’enfermer chez lui pour de longues périodes sans horizon bien défini de sortie de crise. Or pour l’Initié cette pseudo-épreuve du confinement peut s’avérer, tout comme pour la Nature, dans tous ses règnes, un espace temporel de répit profitable à certains points de vue. Ce qui est perdu au niveau social peut être compensé au niveau individuel.

Le premier point positif est l’émergence d’une prise de conscience du fait que beaucoup de choses de notre quotidien qui nous paraissaient être la clef du bonheur se révèlent en fait parfaitement superflues. En particulier, il est de constater que tout naturellement nous réduisons notre consumérisme sous tous ses aspects (alimentaire, énergétique, achats compulsifs, loisirs onéreux, déplacements inutiles, relations chronophages), ce qui, en soi-même, apporte un réconfort, puis un rétablissement.

Deuxième constat, l’Etre est confronté à lui-même. C’est souvent une grande nouveauté et découverte : tout ce qui était l’illusion de sa vie quotidienne n’a plus vraiment de sens. L’individu n’est pas préparé, ni éduqué pour affronter une telle situation qui va à l’encontre des critères de la réussite dans la société moderne. Mais le naturel reprend vite le dessus, il peut alors découvrir de nouveaux ressentis, des potentialités se libèrent en lui et de somptueux champs de liberté se dévoilent.

Un avantage indéniable de cette situation imprévue est qu’elle accroit notre temps libre : davantage de possibilités de méditer, de lire, de faire des recherches, de s’approprier la Nature avoisinante. Même si les établissement étatiques (bibliothèques, archives, musées…) restent portes closes, d’autres voies et perspectives émergent dans notre esprit, bien plus grandioses. Nous retrouvons notre liberté complète de penser, à condition bien sûr de censurer le main stream qui se déverse en continu et voudrait détruire notre moral par le fatalisme des chiffres et statistiques actualisés en permanence.

Plongé dans de telles conditions, l’être humain s’enferme tout naturellement dans sa coquille, il réintègre la matrice, c’est donc tout un processus de création qui peut s’ensuivre, le germe se développant dans l’Esprit. Les druides, personnalités publiques appréciées pour leur sagesse, aimaient, d’après les témoignages écrits, se retirer des turbulences de la vie, dans des forêts denses, ou des grottes, afin de méditer ou d’enseigner. Dame Nature était leur seule compagne, sa richesse et sa diversité compensaient largement la solitude d’une vie sociale réduite. En tant que druidisants, nous devons donc être en même capacité d’affronter l’actuelle apathie sociétale et de saisir cette opportunité pour la transcender en un plan de réalisation personnelle.

Il ne s’agit pas ici de la réalisation au sens moderne et ordinaire du terme. Il n’est pas question de rencontre sentimentale, de carrière, de bénéfices sur le plan corporel, d’accumulation de richesses, de reconnaissance, de titres ou médailles, mais de la Réalisation spirituelle qui est le but de tout adepte en quête, quelle que soit l’époque ou la latitude. Nous évoquons ici cette phase d’évolution positive de l’âme qui se traduit par un détachement plus grand de la vie matérielle (terrestre) vers une élévation (céleste) qui nous rapproche davantage d’une personnalité cosmique, voire quasi-divine. La voie du Druide peut être diverse : purement athée comme l’exprime Pierre Lance dans les colonnes de ce numéro, ou orientée vers une divinité particulière, expression des forces que nous ressentons. Dans ce dernier cas, si après notre Initiation virtuelle (cérémonielle) nous avons commencé un processus d’identification avec une déité celtique privilégiée, celui-ci va subitement s’accélérer, jusqu’à peut-être aboutir à une Initiation effective, puis à l’acquisition d’une personnalité d’essence divine. Ce processus existe de manière naturelle, parfois sans que la personne en ait conscience au départ et souvent à partir de la cinquantaine chez les hommes et bien plus tôt chez les femmes. La gestation rendue possible par le confinement peut enclencher le processus qui va propulser la fusée dans l’espace, puis allumer les divers étages, sans qu’aucun élément ou évènement extérieur ne puisse stopper ou dévier la trajectoire idéale de cette dynamique.

Car se réaliser, c’est devenir soi-même, pas au sens social, c’est-à-dire de la manière dont on est perçu et apprécié par les autres, mais en soi, en éliminant les contraintes qui nous empêchent de réaliser l’œuvre que nos potentialités latentes auraient permis d’envisager dans un contexte favorable si accompagnées d’une volonté et d’une capacité de travail personnel. L’homme nait et meurt seul, tout vécu relationnel durant sa vie n’est que pure illusion, parfois perte de temps. Mais le plan sentimental reste une nécessité qui a ses fonctions, en particulier celle de permettre la transformation évolutive.

Il faut bien avoir conscience du rôle de Lugus, nommé Mercurius par César, dieu le plus populaire chez les Gaulois. Dieu des passages, de l’initiation, l’accompagnateur à la fois des vivants et des morts, c’est celui qui guide et que l’on priait à chaque fois que l’on rencontrait un carrefour ou un obstacle sur sa route. Il est le dieu de l’aurore, période d’entrée ou de sortie des ténèbres durant les divers cycles journalier, saisonnier, annuel et de la vie humaine. C’est Lui qui dirige outre la vie quotidienne, le cheminement spirituel des individus les faisant progresser de la Materia Prima vers la lumière.

Le processus d’évolution se produit à tous les niveaux de l’univers que ce soit lors de la naissance d’une constellation, d’un être humain ou d’une de ses cellules. A partir du moment où le germe (l’âme) est insufflée dans la matière, en parallèle du développement physique de l’être, cette parcelle divine va tenter de se développer. Ainsi, c’est sûrement ce phénomène naturel qui pousse, souvent inconsciemment, l’individu à un certain moment de sa vie à la quête d’une spiritualité qui lui convienne. De manière plus formelle, ce sera souvent l’adoption d’une religion c’est-à-dire d’une "spiritualité clef en main", qui relève plus d’un consensus social lié à l’appartenance à tel ou tel groupe humain, qu’une véritable recherche individuelle, qui seule nous semble être la véritable voie de réalisation. Encore faut-il que toutes les conditions soient réunies pour que ce mécanisme de l’Initiation puisse se déclencher et aboutir. Le calme apporté par la trêve du confinement, allié à une certaine maturité de l’individu, peut favoriser ce processus et permettre également, quel que soit l’état et le niveau de chacun, de progresser sur sa voie. La période la plus favorable est celle de l’entrée dans le cycle sombre de l’année, ou à défaut le solstice d’hiver lorsque les forces lumineuses commencent à se manifester. Le moment de la journée propice est la nuit, car le calme si absolu à ce moment va permettre de se concentrer sur l’Œuvre, état nécessaire au démarrage de ce processus.

Les voies de la réalisation sont multiples et ne dépendent en fait que de la personnalité de chacun qui va l’attirer instinctivement vers certains centres d’intérêts particuliers. Le but est d’acquérir la connaissance par soi-même, c’est-à-dire en développant ses recherches afin d’élargir son champ de vision jusqu’à englober le Tout, du moins dans la limite de ce qui reste accessible à l’entendement humain. La méditation et le yoga, en particulier, étaient déjà des techniques qu’utilisaient les Celtes, pour accéder au microcosme et à l’infiniment grand. Nous traiterons de ces disciplines dans le présent numéro d’Ialon et les suivants. Alors sans perdre de temps, positivons le confinement.

Cadurcos

Adrima - Numéro

51

Éditorial :

Rappel : Les Dieux et notre Cordiance,

50

Éditorial :

Un siecle de Ialon et de Dedma,

49

Éditorial :

Honorer les Dieux,

48

Éditorial :

Le Bon Ordre,

Boutique

Recevez la Newsletter

Soyez prevenu de la parution du nouveau Ialon
et lisez l'Éditorial en exclu ...