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LE BON ORDRE

Dans une période de grand trouble de la société civile, qui n’épargne personne, il nous paraît nécessaire de rappeler – ci-après – ce que l’un de nos éminents druidisants, Caruocnos, avait énoncé concernant l’Ordre qui doit régner dans notre Ialon, le Bon Ordre, à la fois règle - crabitu – et pratique – dolua – de cette règle.

La Comardiia Druuidiacta Aremorica est une ordre druidique qui n’est constitué ni en monastère ni en église. C’est une assemblée souveraine d’hommes et de femmes libres qui respectent la règle et font référence à une Tradition spirituelle. L’ordre druidique participe à la Tradition puisqu’il émane de la Tradition et qu’il s’inscrit dans la Tradition. Ses membres partagent une Tradition, les secrets et les mystères qui leur ont été divulgués le jour de leur réception dans l’Ordre.

La Comardiia Druuidiacta Aremorica perdrait sa spécificité si elle se détachait des règles de la Tradition. Car, répétons-le, c’est le respect des fondements de notre société qui lui confère sa nature traditionnelle.

Si pour des convenances personnelles, familiales, politiques ou professionnelles, des relations extérieures, une faiblesse physique ou morale, les membres de l’Ordre dérogeaient à la règle, alors la Comardiia Druuidiacta Aremoricase transformait en groupement qui se prétendrait druidique mais ne serait que culturel. Nette notion d’ordre n’est ni facultative, ni administrative. Elle est l’Ordre. Car l’observance des règles est une fonction initiatique.

Toute personne qui entre à la Comardiia Druuidiacta Aremorica est réputé libre et de bonnes mœurs. Son entrée dans l’Ordre est libre et ne peut être entachée d’aucune suspicion. Si un doute existe, le candidat ne peut être reçu. La liberté est organique, l’incertitude interdit le premier pas. Il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de réception ou d’élévation au bénéfice du doute. L’Ordre est libre, totalement libre et rien ne doit infléchir sa souveraineté.

La volonté du postulant s’exprime à plusieurs reprises durant son initiation : lors de sa demande d’affiliation, à l’occasion de son passage sous le bandeau et pendant sa réception. Il y a donc bien volonté répétée du candidat à être entendu puis initié. Il y a liberté de s’engager. Mais seuls les hommes et les femmes libres peuvent mourir à la vie profane, seuls les hommes et les femmes libres peuvent accepter l’Ordre car cet Ordre est à la fois liberté et volonté. En prononçant le serment, ils sont liés à une chaîne. Ils sont l’Ordre. Tout manquement à l’Ordre les place ipso facto hors du monde régulier. Ces obligations font de chacun un arbre de la Clairière, une pierre du Temple, un maillon de la Chaîne, un mystère et un secret. En enfermant au plus profond de lui-même ce qu’il a fait, vu et entend, le druide construit sa clairière intérieure. La loi du secret est sa force.

En perpétuant son serment, il prolonge son initiation, il lui donne un sens intérieur et extérieur. Cette notion d’ordre est individuelle et collective. Frère par l’Ordre les rituels accentuent cette fraternité, par et pour l’Ordre. Toute la vie de la Comardiia Druuidiacta Aremorica est rythmée et fondée sur cet ordre. Tout participe de l’Ordre. Chacun reconnaît l’Ordre en son frère, et l’Ordre est dans le rite.

La démarche de l’initié et une marche ordonnée. Trois pas pour entrer dans le cercle. Le silence pour écouter et apprendre à se taire, le silence pour maîtriser l’impatience et pallier l’ignorance. L’apprentissage est progressif. Voyage après voyage, degré par degré, marche par marche avant de monter sur l’autel et prononcer le serment, avant de regarder le soleil se coucher en sachant pourquoi il jaillira demain Anuouictos Sulis (« Sol Invictus »).

C’est parce que l’esprit est lent à déciller que les yeux, que la clairière est dûment organisée : l’Odacos se tient face à l’Ariteros (« l’Orient ») pour recevoir la lumière qu’il dispense aux Neuitacoi logés dans les ténèbres du Septentrion. On enseigne le silence au premier degré, la prudence au deuxième degré et l’instruction au troisième degré. Il faut apprendre les règles, comprendre les règles et illustrer les règles.

Recherche, Savoir, Sagesse. L’Ordre rend libre car il est le moyen de connaissance, il est Connaissance. Alors après avoir fait les premiers pas, après avoir prononcé ses premiers mots, après avoir réalisé ses premiers travaux, alors et seulement après, l’homme peut dire J’ai vu. Alors seulement après, il peut être éprouvé, il peut quitter la clairière car il ne se perdra pas dans la forêt. Alors il peut être le cercle et l’extérieur du cercle. Alors il peut être ici et ailleurs car il a l’Ordre. Mais attention, à l’orgueil et à la fatuité, car nul ne peut prétendre être l’Ordre. Attention à l’ignorance qui force la langue, attention au fanatisme qui obscurcit l’esprit, attention à l’ambition qui détruit l’autorité du mauvais maître.

À quelque degré que ce soit, pour marcher vers la lumière, il n’existe pas d’autre voie que celle de l’Ordre, qu’il soit druidique, maçonnique, islamique, chrétien, bouddhiste … On ne bâtit pas un temple sans méthode et sans but. Et l’Ordre est la fois la manière et la destination, l’outil et le temple, l’arbre et la forêt, la clairière au milieu de la forêt.

Et c’est en homme d’ordre que l’Abbé de Citeaux écrivait au temps des cathédrales et des défrichements :
Croit en l’homme d’expérience : tu trouveras quelque chose de plus dans les forêts que dans les livres. Les bois et les pierres t’enseigneront ce que tu ne peux apprendre des maîtres …
C’est en homme de recherche, de savoir et de sagesse que Bernard, élève de Malachie, l’Irlandais, pouvait enseigner après avoir reçu l’enseignement. C’est après avoir lu qu’il faut chercher l’illustration de sa méditation.

Si nous nous réunissons dans un Ialon dûment constitué, pour nous mettre à l’abri des désordres du monde profane, si nous respectons l’Ordre dans lequel nous sommes, si nous veillons à ce que nul ne vienne troubler notre méditation, notre travail et notre enseignement, si nous acceptons de nous mettre à l’ordre pour nous rappeler que le désordre est à la prote de notre clairière et qu’un mauvais génie perche sur notre épaule, si nous acceptons l’Ordre par l’Ordre, alors notre silence sera d’or, alors notre marche sera réglée, alors notre élévation aura lieu en un temps et en un lieu juste et parfait. Alors nos Dieux, les dieux seront satisfaits. Nous aurons rétabli sur les terre et les mers d’Extrême-Occident un Ordre celtique. Et nous pourrons nous quitter contents du travail accompli et du silence consenti. Oui, mes Brateres ac Suasores, l’Ordre et un bon ordre.

Gobannognenos, d’après Caruocnos

Adrima - Numéro

51

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Rappel : Les Dieux et notre Cordiance,

50

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